Fiches événement |
UN RISQUE QUI SE trANSFORME ET S'AGGRAVE |
Les inondations sont un risque naturel fréquent
en France. 440 milliards de m3 d’eau tombent
annuellement sur le territoire métropolitain et se
déversent dans 275 000 km de cours d’eau.
Avec des indemnisations cumulées depuis 1982
supérieures à 6 milliards d’euros, les inondations
constituent, fin 2003, le premier poste de sinistres à charge du régime des catastrophes naturelles
représentant 55 % du coût total assuré des
indemnisations versées.
Par son régime climatique varié, son relief,
sa géologie et son réseau hydrographique dense,
le territoire métropolitain français est exposé
à plusieurs types d’inondations :
LES INONDATIONS DE PLAINE |
LES INONDATIONS TORRENTIELLES |
Elles concernent les petits bassins versants (cours d’eau de montagne, rivières méditerranéennes) et ont pour origine des précipitations intenses et localisées souvent liées à des phénomènes locaux (épisode pluvio-orageux de type cévenol, cyclone dans les DOM). La montée des eaux est alors rapide et brutale et ce, d’autant plus que le relief de la région est plus marqué. Ce type d’inondations a affecté particulièrement le Sud-Est de la France, tant en septembre 2002 (Gard et départements limitrophes) qu’en décembre 2003 (large zone allant du Tarn aux Alpes-Maritimes en remontant jusqu’à la Saône et Loire, soit un total de 24 départements), occasionnant dans les deux cas les inondations les plus coûteuses qu’ait eu à supporter à ce jour le régime issu de la loi de 1982.
Il avait également été à l’origine des inondations catastrophiques et
meurtrières de Nîmes (1988) et de Vaison-La-
Romaine (1992).
Ce type d’inondations n’apparaît pratiquement pas
cartographiable du fait de ses caractéristiques et
rend ainsi difficile l’élaboration de Plans de
Prévention des Risques (PPR) dans les communes
exposées au risque. Le cas de la commune d’Alès
dans le Gard est à cet égard significatif : en effet,
le contour des zones inondables ne fait apparaître
qu’une zone de débordement du Gardon alors
que l’ensemble de la ville est parcouru par des
petits cours d’eau intermittents et affluents du
Gardon, qui, lors d’épisodes pluvieux intenses,
deviennent de véritables torrents, et sont à l’origine
de la majorité des dégâts.
LES INONDATIONS PAR RUISSELLEMENT |
Elles affectent plus particulièrement les espaces
urbains et sont liées à des précipitations orageuses
violentes qui saturent les réseaux d’évacuation des eaux pluviales et ruissellent en grosses
quantités sur les sols imperméabilisés des
agglomérations comme cela a été le cas des inondations consécutives à l’orage qui s’était
abattu sur la ville de Marseille le 19 septembre
2000. Elles peuvent également affecter les milieux
urbains bâtis dans des sites en cuvette (Nîmes,
Rouen…).
LES INONDATIONS LITTORALES |
Elles correspondent à des submersions de zones
côtières dues à l’élévation du niveau de la mer
lors des tempêtes.
Cette typologie est simplificatrice puisque, tout au
long de son cours, un fleuve ou une rivière peuvent être affectés par des crues de types différents.
Ainsi, dans son cours supérieur, le Rhône peut
connaître des inondations de plaine alors que sa
partie sud est davantage sujette aux inondations
torrentielles.
La combinaison de ces deux types de
crues peut donner lieu à des situations dramatiques
comme en 1995. Pour les inondations de l’Aude en novembre 1999, comme pour les inondations
de décembre 2003 qui ont affecté un large quart Sud-Est de la France, ce fut l’inverse : la partie amont a subi des inondations torrentielles alors
que la partie aval a connu une inondation de plaine.
CARTE DES ZONES INONDABLES EN FRANCE |

Source MEEDDM
PRINCIPALES INONDATIONS SURVENUES EN FRANCE MEtrOPOLITAINE DEPUIS 1982 ET LEUR COÛT ASSURE |
L’urbanisation des zones inondables s’est largement
développée au cours des trente dernières années,
entraînant une forte augmentation de la valeur
des biens exposés. En France, les inondations de
plaine et les inondations torrentielles concernent
un peu moins de 10 000 communes dont 300 sont
des agglomérations importantes. On évalue
les surfaces fréquemment inondables (hors
ruissellement urbain) à 4 % du territoire.
Depuis 1982, près de 14 000 communes (soit plus
d’un tiers des communes françaises) ont été
reconnues sinistrées pour le péril inondation à plus de trois reprises, illustrant ainsi la nécessité
de maîtriser l’urbanisation dans les zones
fréquemment inondables.
Alors que les inondations de plaine ont longtemps
constitué le phénomène prédominant en France,
les inondations d’origine torrentielle occupent aujourd’hui la première place : elles constituent en
effet 47 % du coût total assuré des inondations
en France métropolitaine de 1982 à 2003 contre
44 % pour les inondations de plaine.
Cette importance nouvelle du phénomène
torrentiel s’explique par la succession, au cours
de la période 1999-2003, d’événements
d’intensités plus fortes que celles dont on gardait
la mémoire, et qui ont affecté l’Aude en novembre
1999, le Gard en septembre 2002 et dernièrement
le Rhône en décembre 2003.
À cet égard, les pluies et les inondations
torrentielles survenues dans le Gard en septembre
2002 représentaient l’événement “inondation”
le plus coûteux jamais pris en charge par le régime
des catastrophes naturelles depuis sa création
(avec un montant de l’ordre de 670 M€) jusqu’aux inondations survenues dans le quart Sud-Est de la
France (environ 738M€). Auparavant, le
coût le plus élevé supporté par le régime
s’établissait à un peu moins de 400 M€ et
correspondait à une inondation de plaine, en
l’occurrence celle survenue en janvier-février 1995
dans l’Oise, la Meuse et les Ardennes.
Les experts s’accordent à dire qu’en liaison avec
l’augmentation du taux de gaz carbonique,
l’atmosphère terrestre se réchauffe et le système
de circulation de l’eau dans la biosphère se dérègle.
On peut voir dans ces inondations torrentielles,
d’une violence inconnue jusque là, une première manifestation de ce dérèglement.
Pour importante qu’elle soit, la charge
correspondant à ce nouveau type d’inondations
demeure sans commune mesure avec le coût
potentiel d’une inondation de plaine susceptible
de survenir dans la vallée de la Seine ou la Loire qui, toutes deux, recèlent des expositions
importantes aux risques. Elles sont telles que les études d’actualisation effectuées à partir de
l’inondation de 1856 pour la Loire et de celle de
1910 pour la Seine arrivent à des coûts de
dommages pour le régime issu de la loi de 1982
(hors dommages aux services publics) se situant
entre 5 et 10 M€. Il s’agit de sinistres potentiels
qui ne sont pas survenus au cours des vingt années écoulées depuis la mise en place du régime en
1982.
LES PRINCIPALES INONDATIONS SURVENUES EN FRANCE MEtrOPOLITAINE DE 1982 A 2003 |
|||
| Exercice de survenance | Type d’inondations | Mois et lieu de survenance | Indemnisations (en Millions d’€) |
| 1988 | Torrentielle / Ruissellement | Octobre Nîmes |
290 |
| 1992 | Torrentielle (Ouvèze) | Septembre Vaison-la-Romaine |
245 |
| 1993 | Plaine (Rhône, Gard, Isère) |
Septembre / Octobre Moitié Sud de la France |
305 |
| 1993-1994 | Plaine (Meuse, Aisne, Oise, Gironde, Charente, Rhône) |
Décembre / Janvier France entière |
260 |
| 1994 | Plaine / Torrentielle (Hérault, Gard) | Novembre Sud et Sud-Est de la France |
120 |
| 1995 | Plaine (Oise, Seine, Meuse) | Janvier / Février Oise, Meuse, Ardennes |
395 |
| 1999 | Plaine / Torrentielle (Aude) | Novembre Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales, Tarn |
240 |
| 1999 | Littorale / Ruissellement | Décembre Charente-Maritime, Seine Maritime, Pas-de-Calais, Gironde |
230(1) |
| 2001 | Plaine/ Remontée de nappe | Mars-Avril-Mai Vallée de la Somme entre Amiens et Abbeville |
70 |
| 2002 | Torrentielle | Septembre Cévennes et Département du Gard |
670 |
| 2003 | Plaine / Torrentielle | Décembre Large quart sud est : 24 départements touchés sur une zone allant du Tarn aux Alpes-Maritimes en remontant jusqu’à la Saône et Loire |
738 |
| TOTAL | 3.563 | ||
(1) Le coût figurant dans ce tableau ne concerne que les inondations provoquées par le passage des tempêtes Lothar et Martin.
Source CCR

Source CCR