Un risque reconnu récemment, coûteux et difficile à caractériser en tant que catastrophe naturelle |
Le phénomène de dislocation des structures
d’un bâtiment à la suite de mouvements de
terrain dus à la sécheresse des sols, est connu
depuis longtemps, mais il n’est pris en charge
que depuis 1989 par le régime des catastrophes
naturelles au titre des “mouvements de terrain
différentiels consécutifs à la sécheresse et à la
réhydratation des sols“.
En effet, si l’année 1976 a été caractérisée
par une sécheresse forte mais courte (4 mois)
qui n’a donné lieu qu’à quelques désordres,
c’est à partir de 1987 et surtout 1989 que
le phénomène a pris une ampleur importante.
L’intensité du phénomène de même que le
sens du mouvement du sol (déshydratation
ou réhydratation) ont varié avec des pics
de déshydratation centrés sur les années
1990-1991 et 1996-1997.
Le coût de ce péril n’est pas apparu dans toute
son ampleur au cours des premières années
de survenance de sinistres liés à la “sécheresse“,
du fait des parutions tardives des arrêtés
reconnaissant l’état de catastrophe naturelle
avec effet rétroactif.
On sait aujourd’hui que depuis le premier
arrêté, pris en 1989, qui reconnaissait l’état
de catastrophe naturelle pour ces dégâts,
les dommages dus aux “mouvements de terrain
différentiels consécutifs à la sécheresse et
à la réhydratation des sols“ constituent
le deuxième poste d’indemnisation du régime
après les inondations. Ils représentent un peu
plus de 40 % des charges totales supportées
par le régime d’indemnisation des victimes
de catastrophes naturelles.
Durant l’année 2003, la France a connu un épisode de sécheresse extrêmement intense, à l’origine de nombreux sinistres sur les maisons d’habitation.
Un été particulièrement chaud
La source de ce phénomène tient au fait que l’été 2003 fut extrêmement chaud, le plus chaud connu depuis 1950, avec un épisode de canicule exceptionnel durant la première quinzaine du mois d’Août. Cette canicule a été particulièrement remarquée par sa durée (près de 2 semaines) et son intensité. Des records absolus de température ont été battus au cours des 12 premiers jours du mois d’Août sur près de 40% des stations météorologiques. Des températures supérieures à 40° y ont été observée dans 15% des stations, y compris en Bretagne ce qui n’était encore jamais arrivé depuis le début des mesures de températures.
Un phénomène bloqué au dessus de l’Europe :
Cette situation météorologique, qui n’est pas inhabituelle pour la période estivale, tient son caractère exceptionnel dans le fait qu’elle soit restée bloquée au dessus de l‘Europe pendant plusieurs semaines, ce qui en a aggravé les conséquences. La zone de haute pression stagnant au dessus de cette zone a empêché l’arrivée de perturbations orageuses qui auraientt pu rafraîchir la température de l’air. Ce phénomène de blocage a duré beaucoup plus longtemps qu’habituellement.
Une sécheresse marquée mais pas exceptionnelle :
Un épisode de sécheresse est généralement marqué par un déficit hydrique dans les trimestres pluvieux (automne, hiver et printemps). Durant l’année 2003, un déficit pluviométrique a été observé sur la quasi-totalité du pays avec des précipitations souvent comprises entre 50% et 80% des normales, ce qui n’est pas de nature à engendrer les désordres que l’on a pu observer.
Un phénomène difficile à quantifier :
L’épisode de sécheresse survenu durant l’été 2003 a, de ce fait, été très différent des deux vagues précédentes (1989-1994 et 1995-1999). De ce fait, l’utilisation du critère en vigueur depuis fin 2000 pour l’examen des dossiers sécheresse aurait conduit la Commission Interministérielle à refuser la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle à la presque totalité des communes demanderesses (environ 8000) alors même que d’importants dégâts étaient observés sur une grande partie du territoire métropolitain. Il a donc été demandé à Météo France d’élaborer un nouveau critère spécialement adapté à la sécheresse de l’été 2003. Cette tâche s’est avérée particulièrement difficile et, finalement, le critère suivant a été retenu :
Une commune est reconnue en état de catastrophe naturelle pour la sécheresse 2003 si :
Ou si :
Au total, 4434 communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle pour cet événement dont le coût total s’est élevé à 1 Md €. Le coût des sinistres, essentiellement survenus sur des maisons individuelles, peut être réparti en quatre postes : la superstructure (partie de la construction située au dessus du terrain de base), le sous œuvre (ensemble des éléments concernant les fondations), le second œuvre (éléments d’achèvement d’une construction qui ne constituent pas la structure porteuse du bâtiment) et les ouvrages annexes. Il semblerait que le sous-œuvre soit le poste le plus coûteux de l’événement. La proximité de la végétation peut constituer un élément aggravant.
Dans certains cas plus graves et moins
nombreux, les mouvements du sol ont
compromis la solidité de la structure de la
construction, qu’il s’agisse de maisons
individuelles, d’immeubles collectifs ou de
constructions relevant des collectivités locales
(écoles, gymnases, églises…). Une reconstruction
partielle ou totale peut alors être nécessaire.
Le Bureau de Recherches Géologiques
Minières (BRGM) préconise des mesures
de construction pour pallier les conséquences
de la sécheresse. En particulier :
- approfondir les fondations pour qu’elles soient
ancrées dans un terrain peu sensible aux
variations saisonnières d’humidité,
- homogénéiser ces profondeurs d’ancrage pour
éviter les dissymétries (terrains en pente),
- réaliser un trottoir étanche autour de la maison
pour limiter l’évaporation à proximité immédiate
des façades,
- maîtriser les eaux de ruissellement et les eaux
pluviales pour éviter les infiltrations au pied
du mur,
- ne pas planter d’arbres trop près de la maison.
La lenteur des manifestations du péril
“sécheresse“ ne le faisait pas entrer
spontanément dans le cadre du régime des
catastrophes naturelles, réservé à “l’intensité
anormale d’un agent naturel“. Le caractère
d’événement exceptionnel susceptible de faire
jouer la garantie du régime a néanmoins été
reconnu assez largement entre l’année 1989
et la fin de l’année 2000.
Depuis décembre 2000, le caractère
catastrophique éventuel des dossiers sécheresse
est apprécié selon une méthode d’analyse
plus fine dite “méthode du bilan hydrique
à double réservoir”. Cette méthode exige que
soit désormais établi, en plus du rapport
géotechnique précédemment requis, un bilan
hydrique destiné à mesurer la variation de la
teneur en eau du 1er mètre de sol et à déterminer
si cette variation revêt ou non un caractère
d’intensité anormale.
Cette procédure a eu pour effet de réduire
sensiblement le nombre de nouveaux dossiers
acceptés ainsi que la durée des périodes de mise
en jeu de la garantie.
L’année 2003 a connu, au cours de l’été,
une sécheresse qui s’est différenciée des
sécheresses précédentes par sa concentration
sur une seule année (au lieu d’être répartie
sur plusieurs années) et par son origine
(elle est due, non pas à un déficit de pluviosité,
mais à un assèchement intense ayant affecté
le sol en profondeur). Les critères de reconnaissance
de l’état de catastrophe naturelle ont dû être
adaptés en conséquence.
communeS RECONNUES CATASTROPHE NATURELLE |

Source CCR
Estimation dES coûtS PAR COMMUNE |

Source CCR